Un évêque au Rwanda PDF

Le processus a été incroyablement long, coûteux, parfois chaotique, marqué par le doute et les rebondissements divers, mais il a finalement abouti. Même si les résultats annoncés sont encore provisoires et que des surprises de dernière minute ne peuvent être écartées, la première transition pacifique dans l’histoire du Congo a débouché sur l’élection de Felix Tshisekedi. Le troisième homme, un évêque au Rwanda PDF surprise du chef. Tout au long du processus électoral et du décompte des voix opéré par la CENI, le doute a régné, les procès d’intention ont été nombreux et souvent justifiés.


Il est quelqu’un qui devait écrire. A plus d’un titre. Il a été spectateur et même acteur d’une actualité qui couvre presque un demi-siècle de l’histoire du Rwanda, surtout dans ses moments les plus critiques. On peut ne pas être d’accord, mais on ne peut ignorer ce qu’il dit. Il nous révèle les convictions et les motivations qui l’habitaient lorsqu’il négociait les virages importants et dangereux, avec lucidité et audace prophétiques. Ces signes avant-coureurs de tant d’événements actuels remontent aux années 1950. Celles-ci sont décrites avec sobriété par Mgr Perraudin qui ne cherche en aucun cas la polémique : il se contente de relater les faits.  » Mon action, qui se voulait exclusivement pastorale, fut hélas ! politisée à outrance, suite surtout à ma lettre pastorale sur la charité du 11 février 1959 ; on m’a accusé de tous les maux possibles et imaginables jusqu’à celui d’avoir causé la mort du Mwami ; une légende s’est créée et propagée jusqu’à nos jours. Face à ces mensonges, à ces odieuses calomnies, j’ai dû me défendre jusqu’à l’ONU, mais ma voix a été étouffée par des médias bien orchestrés.
Le livre que je publie aujourd’hui veut être une chronique de mon épiscopat durant sa première période 1956-1962, la plus caractéristique de mes longues années à la tête de la hiérarchie catholique du Rwanda; il veut être une relation de faits tels qu’ils se sont passés ; c’est pourquoi il comporte un nombre assez important de documents de l’époque. »

La semaine dernière encore, la conférence épiscopale, forte de ses 40. 000 témoins, proférait une menace à peine voilée assurant qu’elle connaissait déjà le nom du vainqueur mais s’abstenait de le divulguer. Aujourd’hui que le verdict est tombé, la CENCO se montre plus prudente. La victoire actuelle de Félix Tshisekedi ressemble donc fort à une solution de compromis, voire de compromission, insatisfaisante pour beaucoup, mais qui n’humilie personne. Cependant, sur le long terme, le véritable défi est ailleurs :si un seul point a fait l’unanimité des électeurs, c’est l’espoir de changement. L’exigence d’un pays plus juste, plus social, moins miné par l’arrogance et la corruption, moins menacé par la violence. Un pays où la diaspora pourra revenir, où les enfants pourront grandir en paix et où tout le monde, enfin, pourra profiter des ressources et préparer une vie meilleure.

C’est à cette aune là que sera jugé le fils d’Etienne Tshisekedi. Le processus a été interminable sinon épuisant, pour les acteurs politiques, pour les observateurs et, avant tout, pour la population congolaise mais il a fini par aboutir. Selon les résultats provisoires présentés par la CENI, M. Martin Fayulu, à la tête de la coalition Lamuka. Pour le Congo, ce scrutin représente une grande première : depuis l’indépendance du pays en 1960, c’est la première fois qu’un président accède au pouvoir par la voie démocratique. Congo lui-même, le président sortant Joseph Kabila ayant voulu en faire un exercice de souveraineté. Dans un premier temps, la population, lassée par des semaines de tension, a surtout réagi par le soulagement.

Dans les rues de Kinshasa, en particulier du côté de Limete, quartier général de Tshisekedi, des jeunes ont laissé éclater leur joie et des concerts de klaxons et de motos pétaradantes ont retenti. Montant rapidement au créneau, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, a rapidement fait écho à ce candidat qui avait les faveurs de la France, assurant que les résultats proclamés n’étaient vraisemblablement pas conformes aux résultats réels. Les seuls à pouvoir trancher sont donc les observateurs et en particulier les 40. 000 témoins déployés par la CENCO. Mais l’Eglise catholique, qui avait déclaré jeudi dernier qu’elle connaissait déjà le nom du vainqueur, au point d’entrer en conflit avec la CENI qui lui reprochait d’empiéter sur ses prérogatives, s’est montrée infiniment plus prudente.