L’Unesco oubliée, la Société des Nations et la coopération intellectuelle PDF

C’est de l’Unesco oubliée, la Société des Nations et la coopération intellectuelle PDF’étranger qu’est venue la lumière. Sans une conférence des professeurs américains Michael Buckland et Ron Day, organisée en 1998 au CNAM, je n’aurais pas connu Suzanne Briet et son manifeste. J’étais pourtant étudiant à l’INTD, qu’elle a contribué à fonder. Elle y était oubliée, alors que ses vues théoriques manquaient à l’enseignement.


Par certains aspects formels, ce texte est daté. Il n’a pas été republié depuis 1951. Pourtant cette republication « web » ne procède pas d’un souci historien. Pour l’avoir lu à de nombreuses reprises, pour l’avoir traduit vers l’anglais avec Ron Day, je suis convaincu qu’il est toujours d’actualité pour les professionnels de l’information-documentation.

Cela tient à quelques qualités simples : il est court, il pose franchement les problèmes, et il est admirablement construit. Partant d’une réflexion fondamentale sur ce qu’est un document – le fameux exemple de l’antilope -, Suzanne Briet bâtit chapitre après chapitre une vigoureuse théorie globale de l’information. Et de cette théorie, en 2008, il n’y a pas grand’chose à jeter. Il serait injuste de dire, comme Yves-François Le Coadic, que Suzanne Briet, en mettant en avant la fonction culturelle de la documentation, manque sa dimension technologique. Au contraire, elle ne cesse d’insister sur l’importance de la maîtrise des nouvelles machines : « Le documentaliste sera de plus en plus tributaire d’un outillage dont la technicité augmente à une vitesse grand V. Mais c’est son portrait psychologique du documentaliste qui nous semble le plus riche d’enseignement : « sens social, affabilité, serviabililé, zèle dans la recherche », son « comportement extraverti » doit sauver la profession « d’une mécanisation et d’une spécialisation excessives ». Ainsi se dessine peu à peu pour le documentaliste une place modeste, mais passionnante, de messager dans une nouvelle société mondiale de l’information.

La plupart des intuitions de Briet se voient aujourd’hui confirmées par l’essor du World Wide Web et les nouvelles pratiques qui s’y rattachent. Le Web pourrait devenir ce « service public de l’information » dont elle annonce la mise en place. Si les mots de « documentation » et de « documentaliste » ne sont plus toujours adaptés pour décrire les nouvelles réalités, on trouve dans ce livre les principes d’une profession toujours nécessaire. De tout temps la latinité et son héritage ont donné au mot document le sens d’enseignement ou de preuve. Le dictionnaire de Richelet, comme celui de Littré, en apportent deux témoignages français. Une bibliographe contemporaine soucieuse de clarté a lancé cette brève définition: « Un document est une preuve à l’appui d’un fait ».