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Qui sont ces Judéo-espagnols qui cultivent la discrétion mais dont l’influence, de Spinoza à Elias Canetti, va de quoi demain sera-t-il fait ? le Monde Arabo-Musulman Fait Sa Revolution PDF au-delà de leur faible nombre ? Ce sont avant tout des Méditerranéens, héritiers d’une longue tradition qui remonte à leur arrivée dans la péninsule ibérique sous l’Empire romain. Pendant plus d’un millénaire, ils se sont imprégnés des langues et cultures du monde ibérique : l’arabe d’Al-Andalus, le castillan, le catalan, le portugais sans jamais renoncer à l’hébreu biblique. Beaucoup de Juifs espagnols contraints à l’exil choisiront de s’installer au Maroc ou dans l’Empire ottoman alors en pleine expansion.


Le monde arabo-musulman fait sa révolution et se démène pour rompre avec un despotisme plus que millénaire. Mais, il se trouve que cet événement historiquement grandiose, réalisé d’une manière spontanée par des masses attachées sereinement à leur islamité n’a bouleversé que pour un temps les préjugés portés par le monde sur l’Islam et sur sa présupposée incompatibilité avec la demande et le projet démocratiques. La cause est alors évidente : l’Islam est loin d avoir conçu et réalisé les conditions de son intégration à la modernité, l’alternative qu’il pose à l’avenir démocratique des musulmans attend encore d’être tirée au clair, l’arrivée au pouvoir des islamistes porteurs de sa version orthodoxe médiévale est en train d’exacerber cette réalité et l’idée d’un Islam préalablement et théologiquement modéré se révèle de l’ordre de l’opinion plus que de celui de la vérité.

Ils y apportent les sciences et techniques de la Renaissance comme l’imprimerie, la médecine ou la cartographie. Leurs communautés prospèrent dans les mines ou l’industrie de la laine. Une ville en particulier devient un centre intellectuel remarquable, abritant une majorité de Juifs : Salonique, la Jérusalem des Balkans. Celui-ci évolue différemment de celui en usage en Espagne. Il se métisse de termes empruntés au turc, au grec, à l’italien et plus tardivement au français. Beaucoup de ces emprunts sont hispanisés et à partir du XVIIIe siècle, le judéo-espagnol apparaît à l’écrit, transcrit en caractères hébraïques rachi.

L’auteur de ce commentaire de la Génèse et de l’Exode, publié en 1730, est le rabbin Jacob Rouli. Le Me’am Lo’ez est bien plus qu’un texte para-liturgique. Il est conçu comme une encyclopédie populaire du judaïsme adaptée à tous ceux qui ne maîtrisent pas l’hébreu. A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, sous l’effet de l’œuvre émancipatrice de l’Alliance israélite universelle, apparaît une littérature judéo-espagnole à caractère profane. De nombreux journaux, plus ou moins éphémères, voient le jour dans les métropoles de l’Empire ottoman. Picaresque est le terme qui convient le mieux au récit des jeunes années de ce journaliste. Un gentleman ottoman, l’autobiographie de Victor Eskenazi, forme un heureux prolongement aux Mémoires d’Eliya Karmona.

Pour reprendre le titre de la collection, il s’agit avant tout d’une leçon de vie peu commune. Victor Eskenazi est né à Istanbul en 1906 dans une famille aisée qui a conservé d’un lointain passage à Gibraltar la nationalité britannique. 2481 Plovdiv 1935 Beka Garty dans le rôle de Carmen. Les Judéo-espagnols ont le génie pour amalgamer toutes les traditions avec lesquelles ils ont été en contact. Ainsi du personnage de Djoha, déjà connu dans le monde arabo-andalou sous le vocable de Goha mais que les Judéo-espagnols retrouveront dans l’Empire ottoman avec Nasreddin Hodja. Héros burlesque et paradoxal, il est à la fois un simple d’esprit et un sage capable de dévoiler ce qui demeure invisible aux yeux du vulgaire. Dans ces contes on perçoit très bien la liberté de ton qu’autorise une langue de l’entre-soi.

Le judéo-espagnol va droit à l’essentiel et n’hésite pas à grossir le trait. Les thèmes de la nourriture, des rapports de classe et des affres de la vie domestique y sont étroitement associés et offrent, avec une ironie mordante, une victoire symbolique à toutes les victimes de la vie. Publier aujourd’hui en judéo-espagnol peut paraître une gageure tant il s’agit d’une langue rare et fragile, sérieusement en danger selon la typologie en vigueur à l’Unesco. Les Judéo-espagnols ont souvent été les premiers à vouloir se défaire de leur langue, ce jargon devenu encombrant et qui faisait obstacle au monde moderne. Le déclin du judéo-espagnol dans les Balkans aurait pu se prolonger sur plusieurs générations, si des communautés entières, dont celle de Salonique, n’avaient pas été annihilées par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.