Cahiers Simondon, n° 3 PDF

La médiologie est une théorie des médiations techniques et institutionnelles de la culture, développée principalement par le philosophe Régis Debray. La médiologie fédère à partir des années 1990 un ensemble de chercheurs, les médiologues. La médiologie est théorisée et cahiers Simondon, n° 3 PDF par le Cours de médiologie générale de Debray, paru en 1991. La pensée médiologique croise d’autre part en maints endroits celle de François Dagognet, Jacques Derrida, Bernard Stiegler et Pierre Lévy.


Les Cahiers Simondon entendent, dans ce Numéro 3, dresser d abord un bilan de la redécouverte récente du lien central de Deleuze à Simondon, confronter ensuite Simondon à Arendt sur la question décisive du travail, à Dufrenne sur celle de l esthétique en tant qu elle tend à devenir une « techno-esthétique », revenir aussi sur le problème des sciences humaines dans L individuation psychique et collective, sur celui du dialogue avec la cybernétique et les « théories des machines » dans Du mode d existence des objets techniques ou dans des textes inédits, et sur l enjeu de la néoténie dans L individuation à la lumière des notions de forme et d information. Enfin, Jean-Hugues Barthélémy dialogue avec le dernier ouvrage de Xavier Guchet à propos du mode d unité de l ensemble de l oeuvre, et Vincent Bontems clôt le présent numéro en évoquant les activités de l Atelier Simondon qu il anime à l Ecole Normale Supérieure de Paris

La démarche médiologique entend surmonter l’opposition habituelle entre technique et culture. Car il ne s’agit plus de déchiffrer le monde de signes mais de comprendre le devenir-monde des signes, le devenir-Église d’une parole de prophète, le devenir-École d’un séminaire, le devenir-Parti d’un Manifeste, le devenir-Réforme d’un placard imprimé, le devenir-Révolution des Lumières, aussi bien que telle ou telle anecdote contemporaine, le devenir-panique nationale d’une émission radio d’Orson Welles aux U. Ce modèle refuse donc aussi bien d’expliquer les changements sociaux par la seule force des idéologies, que par un quelconque déterminisme technique. Pour la même raison, elle est aussi une réflexion sur le collectif : par quels vecteurs une idée produit-elle de l’adhésion, quels sont les ressorts techniques et institutionnels de l’autorité, comment faire groupe ? La médiologie s’appuie sur une périodisation qui vise à repérer des systèmes de transmission dominants, autour desquels la culture se stabilise pendant un temps. Chaque médiasphère désigne ainsi un milieu autant qu’une armature technique et symbolique.

Ces différentes médiasphères se succèdent dans le temps, mais ne s’annulent pas : leurs logiques s’enchevêtrent progressivement dans les infrastructures comme dans la mémoire des usages. La médiologie s’oppose à tout déterminisme technologique. Une innovation n’entraîne pas automatiquement les transformations sociales que ses promoteurs mettent en avant. La médiologie appuie ses analyses du fait politique sur l’hypothèse qu’aucun groupe ne peut se fonder sur lui-même.

Les échanges horizontaux entre les membres d’une communauté ne suffisent pas à maintenir sa cohésion dans le temps. Cette hypothèse de Debray sur l’incomplétude d’une société est directement inspirée du théorème d’incomplétude de Gödel. Cependant, la validité du rapprochement est aujourd’hui contestée, notamment dans l’ouvrage « Vertiges et prodiges de l’analogie » de Jacques Bouveresse. En effet, le théorème ne s’applique qu’aux systèmes formels munis au moins de l’addition.

Régis Debray,  Qu’est-ce que la médiologie ? Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Livre V, chap. Régis Debray, Manifestes médiologiques, Paris, Gallimard, 1994 p. Debray, Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux, Gallimard, 1981. Daniel Bougnoux, La Communication par la bande, La Découverte, 1993. Régis Debray, Cours de médiologie générale.